AUTOMNE ET MÉDECINE CHINOISE : PRENDRE SOIN DU POUMON
Sécheresse, alimentation, pharmacopée chinoise et prévention des allergies saisonnières
L'automne marque un changement de rythme. Après l'expansion et la chaleur de l'été, la nature entre progressivement dans un mouvement de contraction et de conservation. En médecine chinoise, cette saison est associée au Mouvement Métal, au Poumon et à la sécheresse.
C'est donc une période intéressante pour adapter son alimentation, son rythme de vie et, lorsque cela est nécessaire, soutenir certains déséquilibres du terrain. Et si l'automne était aussi le moment de préparer son printemps ? En médecine chinoise, la prévention consiste justement à ne pas attendre l'apparition des symptômes pour s'occuper du terrain.


L'automne, saison du Métal
Le Poumon est appelé « Maître du Qi » (肺主气, Fèi zhǔ qì). Il gouverne le Qi (=énergie) lié à la respiration et participe à sa diffusion et à sa descente dans l'organisme.
Il a une relation étroite avec la surface du corps : la peau et les poils appartiennent à son système fonctionnel et le nez constitue son orifice.
Le Poumon est un organe particulièrement en contact avec l'extérieur, ce qui explique sa sensibilité aux variations climatiques, notamment au Vent, au Froid, à la Chaleur et à la Sécheresse.
L’automne appartient au Mouvement Métal (金, Jīn). Il est associé au Poumon (肺, Fèi) et au Gros Intestin, à la couleur blanche, au nez, à la peau et aux poils, ainsi qu’à la sécheresse. Sur le plan émotionnel, il est traditionnellement mis en relation avec la tristesse et le chagrin.
Mais le Métal ne se résume pas à une liste de correspondances. Il représente surtout un mouvement de contraction, de rassemblement et de retour vers l'intérieur.
Après l'expansion du printemps et de l'été, l'automne marque le moment où le Yang commence à décliner.
C'est le temps de la récolte : on rassemble ce qui a été produit pendant les mois précédents, on trie, on conserve l'essentiel et on laisse progressivement partir ce qui n'a plus lieu d'être.
Une sécheresse qui évolue au cours de la saison
Dans la théorie des maladies de la chaleur, on distingue notamment la sécheresse chaude et la sécheresse fraîche.
Au début de l'automne, lorsque la chaleur de l'été persiste, la sécheresse se combine à la Chaleur. On peut observer davantage de signes de Chaleur associés à la sécheresse : gorge sèche, soif, toux sèche ou avec peu de sécrétions, sensation de chaleur, voire fièvre dans les tableaux aigus.
Plus tard, lorsque les températures diminuent et que l'on se rapproche de l'hiver, la sécheresse peut au contraire se combiner au Froid. Les manifestations s'accompagnent de frilosité, de céphalées, d'absence de transpiration et de sécrétions plus claires.
En médecine chinoise, on ne cherche donc pas simplement à « humidifier le Poumon » dès que l'automne arrive : on observe la nature de la sécheresse, son association éventuelle avec la Chaleur ou le Froid, et surtout votre terrain.
C'est également pour cette raison qu'un même aliment, une même plante ou une même formule ne convient pas nécessairement à tout le monde.
En médecine chinoise, la sécheresse est le climat associé à l'automne. Parmi les six influences climatiques, elle se caractérise par sa capacité à consommer les liquides de l'organisme.
C'est pourquoi les manifestations de sécheresse peuvent apparaître au niveau des zones particulièrement exposées à l'environnement :
nez et gorge secs
lèvres gercées
peau qui tiraille
toux sèche ou peu productive
soif
selles plus sèches en lien avec le Gros Intestin
La sécheresse de l'automne : quand les liquides sont mis à l’épreuve


Nourrir les liquides
Que manger en automne selon la diététique chinoise ?
L'automne invite progressivement à modifier notre façon de nous nourrir. Après une alimentation souvent plus légère et fraîche en été, la saison froide demande davantage de cuisson, de chaleur et de nourriture nourrissante.
Et les fameux aliments blancs ?
On privilégie les aliments qui contribuent à nourrir les liquides lorsque des signes de sécheresse apparaissent.
La poire, par exemple, est traditionnellement utilisée en diététique chinoise pour sa capacité à produire les liquides et à humidifier le Poumon. Elle peut être consommée crue lorsque le terrain le permet, mais je préfère les recommander cuite ou pochée, ce qui soutient également le système digestif -Rate- pour éviter de refroidir le terrain.
On peut également intégrer régulièrement :
pommes et poires cuites
raisins
légumes riches en eau
soupes, bouillons & congee
légumes d'automne comme la courge
riz et céréales bien cuites
Dans la théorie des Cinq Mouvements, le blanc est associé au Métal et au Poumon. C'est pourquoi certains aliments blancs occupent une place particulière dans la diététique chinoise de l'automne.
On retrouve notamment : poire, navet, radis blanc, chou-fleur, riz, tofu, champignons, poireau, oignon, ail…
Mais attention : « blanc » ne signifie pas automatiquement « bon pour le Poumon ».
La couleur n'est qu'une des nombreuses caractéristiques prises en compte par la diététique chinoise. La nature thermique, la saveur et les propriétés propres à chaque aliment comptent également.
Les habitudes qui peuvent accentuer la sécheresse
Les aliments très piquants et fortement épicés, lorsqu'ils sont consommés en excès, sont considérés comme dispersants et asséchants. De même, l'alcool, le tabac et une consommation excessive de café contribuent à majorer la sécheresse et à perturber les liquides de l'organisme.
Les modes de cuisson très desséchants — aliments fortement grillés, fritures répétées ou aliments longuement déshydratés — sont également à limiter lorsque les premiers signes de sécheresse se présentent.
Les habitudes qui nous font perdre nos liquides tel que le sauna -chaleur sèche-, l'activité physique qui engendre une grande transpiration -course à pied-, un intérieur très chauffé et peu humidifié.
Lorsque le Qi du Poumon est insuffisant
C'est l'une des particularités de la pharmacopée chinoise : une formule n'est pas choisie uniquement pour le nom d'un symptôme ou pour la saison.
Deux personnes qui souffrent toutes deux de toux ou de manifestations respiratoires en automne peuvent ainsi recevoir des stratégies complètement différentes : l'une pourra présenter un Vide de Qi, l'autre une sécheresse, une troisième des Mucosités, une Chaleur du Poumon ou encore un déséquilibre impliquant la Rate ou le Rein.
C'est pourquoi les plantes et les formules de pharmacopée chinoise ne doivent pas être considérées comme de simples compléments alimentaires à prendre systématiquement à l'entrée de l'automne. Elles sont choisies en fonction d'un bilan énergétique individualisé.
La pharmacopée traditionnelle chinoise
En pharmacopée chinoise, une même saison peut correspondre à des terrains différents. On ne choisit donc pas une plante uniquement parce que nous sommes en automne : on observe les signes, la nature du déséquilibre et les relations entre les différents systèmes fonctionnels.
Une formule de plante adaptée au terrain
Le raisonnement est différent lorsqu'apparaissent des signes de sécheresse : toux sèche ou peu productive, gorge sèche, voix enrouée, bouche sèche ou diminution des liquides.
On peut alors retrouver dans la pharmacopée des matières telles que Mai Men Dong (麦门冬), Bei Sha Shen (北沙参), Yu Zhu (玉竹) ou Bai He (百合), selon le tableau précis.
Ici, l'objectif n'est plus de « renforcer les défenses », mais plutôt de nourrir le Yin, produire les liquides et humidifier le Poumon, éventuellement en associant d'autres stratégies selon la cause du déséquilibre.
Cette distinction est fondamentale : tonifier le Qi du Poumon et nourrir le Yin du Poumon ne répondent pas au même tableau clinique.


Chez certaines personnes, on retrouve un tableau de Vide de Qi du Poumon : fatigue, voix faible, essoufflement à l'effort, transpiration spontanée, sensibilité accrue aux changements climatiques ou tendance à contracter facilement des affections respiratoires.
Dans ce contexte, il faut soutenir le Qi du Poumon. Huang Qi (黄芪), par exemple, est une matière majeure pour tonifier le Qi et consolider la surface. Bai Zhu (白术) soutient notamment le Qi de la Rate, qui participe à la production du Qi et du Wei Qi.
Une formule classique illustre particulièrement bien cette logique : Yu Ping Feng San "Poudre de jade pour protéger du Vent". Elle associe notamment Huang Qi, Bai Zhu et Fang Feng. Sa logique traditionnelle est de tonifier le Qi, renforcer la surface et soutenir le Wei Qi (énergie défensive).
À noter : lorsqu'on aborde les manifestations saisonnières, en médecine chinoise, le Poumon n'est pas considéré isolément de la Rate et du Rein. Les recommandations contemporaines concernant la rhinite allergique -par exemple- reprennent plusieurs de ces tableaux : Vide de Qi du Poumon, faiblesse du Qi de la Rate ou insuffisance du Yang du Rein.
Lorsque le Poumon manque de Yin ou que la sécheresse prédomine
YU PING FENG SAN

Retrouvons notre formule : Yu Ping Feng San
Pourquoi penser au printemps dès l’automne ?
Dans le Huangdi Neijing, les saisons sont mises en relation avec les Cinq Mouvements et leurs relations de génération et de contrôle. L'automne correspond au Métal et le printemps au Bois ; dans le cycle de contrôle, le Métal contrôle le Bois.
Le Neijing décrit également l'évolution de certaines maladies au fil des saisons. Pour les troubles du Foie, par exemple, il indique qu'ils peuvent s'aggraver en automne — lorsque le Métal domine le Bois — puis « reprendre » au printemps, lorsque le Qi du Bois redevient dominant.
Cela ne signifie pas que les textes anciens enseignent directement de traiter le Poumon en automne pour prévenir les allergies du printemps. Cette application relève d'une interprétation clinique contemporaine de la théorie saisonnière et de la prévention.
Elle s'inscrit néanmoins dans une idée beaucoup plus ancienne de la médecine chinoise : adapter son hygiène de vie et, lorsque cela est nécessaire, son traitement, au moment du cycle saisonnier plutôt que d'attendre l'apparition du déséquilibre.
Mais attention : ce n'est pas parce qu'une personne souffre de rhinite allergique qu'elle doit automatiquement prendre Yu Ping Feng San à l'automne.
C'est pourquoi la pharmacopée chinoise ne s'improvise pas : demandez toujours conseil à votre praticien avant de prendre une formule.


En médecine chinoise, on ne s'intéresse pas uniquement au symptôme lorsqu'il apparaît. La prévention et le travail sur le terrain occupent une place majeure dans la pratique.
Alors pourquoi commencer en automne ?
Nous avons parlé un peu plus haut Yu Ping Feng San (玉屏风散). Traditionnellement, elle est utilisée dans certains tableaux de faiblesse du Qi et de la surface, avec l'objectif de soutenir le Wei Qi (énergie défensive). C'est notamment cette logique qui a conduit à l'étudier dans le contexte des manifestations respiratoires récurrentes et de la rhinite allergique.
Et cette formule ne reste pas uniquement dans les ouvrages classiques : elle fait aujourd'hui l'objet de recherches cliniques :
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2017 dans BMC Complementary and Alternative Medicine, portant sur 22 essais randomisés chez l'adulte, suggérait un bénéfice potentiel de Yu Ping Feng San dans la rhinite allergique, notamment lorsqu'elle était associée au traitement conventionnel.
Une seconde revue systématique avec méta-analyse plus récente, publiée en 2025 dans Frontiers in Pharmacology, et incluant 39 essais pour un total de 4 578 participants, rapporte également des résultats favorables concernant les symptômes de rhinite allergique.
Ces résultats ne permettent évidemment pas d'affirmer que Yu Ping Feng San « empêche les allergies ». Ils montrent en revanche que des stratégies issues de la pharmacopée chinoise traditionnelle peuvent aujourd'hui faire l'objet d'une évaluation clinique selon les méthodes de la recherche moderne.
Le terme « traditionnelle » peut parfois donner l'impression d'une médecine appartenant uniquement au passé.
En Chine, le terme couramment utilisé est 中医 (zhōngyī), qui signifie simplement « médecine chinoise ». Le terme « traditionnelle » est principalement utilisé dans les contextes internationaux pour distinguer cette médecine de la médecine occidentale et éviter les confusions de terminologie.
En Chine, la médecine chinoise constitue aujourd'hui une discipline médicale institutionnalisée, avec ses formations universitaires, ses hôpitaux, sa recherche et ses propres systèmes de terminologie et de standardisation.
La médecine chinoise continue d'évoluer et de faire l'objet de recherches et d'adaptations face aux problématiques contemporaines.
L'épidémie de COVID-19 en est un exemple intéressant. Au cours de celle-ci, des équipes médicales chinoises ont utilisé et étudié différentes formules de pharmacopée chinoise, certaines ayant été spécifiquement développées ou adaptées aux tableaux cliniques observés pendant l'épidémie.
Parmi les formules ayant fait l'objet de recherches figurent notamment Lianhua Qingwen, Jinhua Qinggan ou encore Qingfei Paidu.
Cela ne signifie pas que ces formules constituent des traitements validés du COVID-19 en Europe, ni qu'elles doivent être utilisées sans accompagnement. Mais cet exemple illustre quelque chose d'intéressant : la pharmacopée chinoise contemporaine ne consiste pas simplement à reproduire des formules anciennes. Elle continue à mobiliser ses principes de diagnostic et de traitement face à de nouvelles situations cliniques.
L’épidémie de Covid-19 : un exemple de médecine chinoise contemporaine
Une médecine traditionnelle, mais pas figée



Chaque personne réagit différemment aux changements de saison. Lors de votre première séance, je réalise un bilan énergétique individualisé afin de mieux comprendre votre terrain et les déséquilibres qui peuvent l'accompagner.
Ce bilan permet ensuite de définir un accompagnement adapté à vos besoins, qui peut associer, selon les situations, stimulation des points d'acupuncture, pharmacopée chinoise, moxibustion, ventouses et conseils d'hygiène de vie.
Et si vous faisiez le point sur votre terrain ?
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Ces pratiques énergétiques ne remplacent en aucun cas un suivi médical. Aucun diagnostic médical n’est posé, aucune prescription médicale n’est donnée.
Les informations présentées dans cet article sont issues des fondements de la tradition énergétique chinoise, également connue sous le nom de Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), et s’inscrivent dans une approche de bien-être et de prévention.
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